Page:La Revue blanche, t20, 1899.djvu/300

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tés près des portes comme des espaliers (c’est une expression de madame Rodrigues.)

Pour moi, ma chère, je suis toujours comme vous savez, une passionnée de la danse ; aussi ai-je le cœur battant quand je songe que la situation de père nous ouvrira les portes des soirées de l’Élysée, de l’Hôtel de Ville, des Grands Ministères !… Et pourtant je ne dis pas qu’au milieu de tout ce luxe officiel, de tous ces éblouissements, je ne regretterai pas quelquefois nos modestes sauteries d’ici, toutes simples, tout intimes, — mais cela aussi, n’est-il pas vrai a bien son charme ? — chez les Rodrigues, chez les Benoît, chez tant d’autres où ma mère et moi étions toujours si affectueusement reçues. Savez-vous, ma chère, que j’ai déjà promis huit lettres pour ma première semaine à Paris, mes amies m’ont absolument arraché ces imprudentes promesses, et dame, aurai-je le temps d’en écrire seulement la moitié ? En tout cas, j’écrirai toujours à mademoiselle Benoît, que vous connaissez, n’est-ce pas, ma chère ? et celle-ci se chargera de communiquer mes impressions aux autres. Son père a été fort courtois avec le mien, il y a quelque temps, au cours de la période électorale, et je n’aurai garde de l’oublier en aucune circonstance.

Mais je m’aperçois, ma chère Germaine, que je vous en raconte bien long ; j’oublie que vous êtes parisienne et que vos loisirs sont courts, surtout pour entendre un pareil caquetage. Présentez, je vous prie, à Mme Tirebois nos meilleures amitiés. Père n’est-il pas allé vous voir comme il en avait manifesté l’intention ? Peut-être ; mais il est si occupé à présent !… De toute façon, ne lui en veuillez pas ; vous savez en quelle haute estime il tient monsieur Tirebois, et comme nous vous aimons tous ici, bien sincèrement. Allons, adieu ma chère ; je vous embrasse en vous disant joyeusement à bientôt

Yvonne.


Monsieur Martin-Martin, député du Plateau-Central, hôtel du Régent et des Trois-Coquelin, rue de Valois, Paris.
Mon cher Alban,

Nous sommes un peu étonnées de n’avoir pas reçu de nouvelles de toi depuis le télégramme nous annonçant ton arrivée à bon port. Je pense bien que tu dois être excessivement surmené ; mais enfin une carte-lettre est bien vite griffonnée ; songe combien nous devons être anxieuses, avides d’être un peu renseignées, impatientes de te rejoindre, Vovonne et moi. Cette enfant ne vit plus tant il lui tarde de partir ; à chaque moment ce sont des questions qu’elle me pose, auxquelles je ne peux même pas répondre étant donné que je ne sais pas dans quels quartiers tu cherches notre appartement. Fais pour le mieux, mon ami, mais n’oublie pas que nous avons grande hâte d’être enfin près de toi et installées.

Pour ce choix d’appartement, sois bien prudent, n’est-ce pas, songe combien cela nous serait désagréable d’être forcés de déménager d’ici