Page:La Revue blanche, t20, 1899.djvu/301

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un an ou deux. Cela me tracasse beaucoup de n’avoir pu t’accompagner, car, tu le reconnais toi-même, il y a des choses que nous voyons mieux que les hommes, nous autres femmes ; je le répète, sois bien prudent, rappelle-toi mes recommandations, notamment pour la cuisine, pour les placards, tout cela est de la première utilité. Evidemment nous ne pouvons avoir là-bas toutes les commodités que nous avions ici, la province est la province, tandis que Paris est Paris. Mais, et sans y mettre pour cela des mille et des cents, il doit y avoir, à Paris comme ailleurs, des gens qui ont souci de leur santé et de celle de leurs enfants, qui aiment leurs aises et leur confortable ; ces gens-là logent quelque part et, en cherchant bien, il me semble qu’on peut trouver.

D’ailleurs, tu sais aussi bien que moi ce qu’il nous faut,nos exigences de famille, celles de ta situation ; sans rêver d’esbroufe, ce n’est pas dans mes goûts, si les personnes que nous avions l’habitude de recevoir convenablement et largement ici viennent à Paris nous rendre visite, il ne faut pas non plus quelles nous trouvent installés dans un grenier ou dans une écurie ; au reste, je n’insiste pas et tu es assez intelligent pour me comprendre là-dessus.

N’oublie pas que la chambre destinée à Vovonne doit être encore assez grande, songe que son lit est de milieu, et que sa commode empire est fort large. Il faut que, ces meubles placés, notre fille ait de quoi remuer librement, et aussi avec l’armoire à glace, qui demande à être mise en lumière, en bonne place. La salle de bain aussi, je le désire, et la considère comme essentielle. Enfin, mon ami, prends note de toutes mes petites recommandations. Si nous pouvions avoir un balcon, notre volière y serait fort à l’aise, conviens-en, et tu sais quel crève-cœur pour notre Yvonne si elle ne peut pas emporter ses chers canaris.

Maintenant, autre chose, la plus importante de toutes, à mon avis : l’honnêteté et la tranquillité de la maison que nous devons habiter ; non seulement pour toi, mon ami, mais pour notre fille qui est grande. Je suis sûre que sur ce point nous sommes déjà d’accord. Je sais fort bien qu’à Paris on vit vingt ans sur le même palier sans se connaître, mais que d’inconvénients pour nous si nos voisins étaient turbulents, tapageurs, mal élevés ! Je n’insiste pas,cher Alban, mais prends bien toutes tes précautions avant d’arrêter définitivement un appartement qui conviendrait peut-être sous les autres rapports, mais qui, sur ce point, serait défectueux.

Depuis ton départ, l’ami Carbonel est venu deux ou trois fois nous tenir compagnie l’après-dîner, et nous raconter les petits potins de La Marche. Tout revient au calme, Dieu merci, et nous n’en sommes plus aux agitations d’il y a deux mois, et à ce que ce brave Carbonel appelait « la zone dangereuse ! » D’ailleurs Alcide Caille n’est pas rentré de la campagne, et Olympe a su au marché qu’ils comptaient rester là-bas encore jusqu’à la fin du mois. Seule la Localité continue ses petites notes stupides, tu sais, la fameuse série : Est-ce vrai ?… Mais