Page:La Revue blanche, t20, 1899.djvu/352

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LE BAROMÈTRE DE MARTIN-MARTIN


Le Vrai Courage


Monsieur Martin-Martin, député, Paris.
Mon cher monsieur Martin-Martin,

Il faut que je vous mette au courant de ce qui se passe. Vous savez qu’un comité vient de se former ici sous prétexte d’organiser un banquet en l’honneur de monsieur Syveton, qui aurait, paraît-il, débuté autrefois au lycée de La Marche comme maître répétiteur, et dont on fêterait les trente-huit ans.

Or, en réalité, c’est Alcide Caille qui agit sous main, avec toute sa clique ; ils veulent tout simplement chercher à vous compromettre, et embêter la Préfecture. En effet, ils ont recueilli les adhésions des Quesnay de Beaurepaire, Barres, Jules Lemaître, Forain, Coppée, autres sectaires, et ils comptent bien sur ces messieurs pour faire du boucan.

Alors, leur jeu est clair à comprendre : forcer le préfet à intervenir, le préfet qui vous a soutenu, et crier, après, par dessus les toits, que toutes vos protestations n’étaient que duperie, que vous avez bel et bien été élu par les ennemis de l’armée, et que vous faites cause commune avec les cosmopolites et les sans-patrie. Tout cela, bien entendu, pour diminuer votre influence auprès des délégués sénatoriaux du mois de janvier, et ainsi faciliter les voies à Alcide Caille, qui, décidément, n’a pas assez de la veste que vous lui avez infligée pour la Chambre, et veut se porter au Sénat.

D’un autre côté, si vous vous laissez prendre à leur traquenard, et si vous acceptez leur invitation, ils auront des interrogations catégoriques, ils vous pousseront à des déclarations dangereuses, bref, vous mettront au pied du mur, et, de toute façon, interpréteront votre attitude, votre présence, de telle sorte qu’ils puissent vous placer en mauvaise posture auprès des socialistes. Or vous n’ignorez pas que vous avez besoin de toutes les forces républicaines, que nous n’avons réussi en août dernier que grâce au concours de ces 900 voix socialistes qui, un instant même, avaient failli s’égarer sur Tripette, et qu’un mot suffirait à nous les faire perdre irrémédiablement.

Donc, voyez, mon cher député ; je vous crie casse-cou, comme c’est mon devoir, et je ne vous dissimule pas que la situation me paraît des plus délicates. Mais je suis persuadé qu’avec vos hautes qualités d’esprit et de cœur, vous saurez vous tirer de ce mauvais pas ; vous savez d’ailleurs que nous sommes un certain nombre, parmi lesquels je suis orgueilleux de me compter, qui vous sommes dévoués jusqu’à la mort, et de qui vous pouvez faire état comme vous l’entendrez.

Pour finir sur un sujet moins grave, mais dont vous me permettrez de vous entretenir aussi, j’ai mon fils qui a dû aller vous trouver, ou