Page:La Revue blanche, t20, 1899.djvu/353

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qui s’y apprête si ce n’est déjà fait. Vous n’ignorez pas qu’il a été un des grands lauréats du lycée de La Marche, et que ses professeurs voulaient même le pousser à l’École Normale. Mais le gamin n’a pas voulu entendre parler de professorat, et, après avoir passé par l’Institut Agronomique, pour ne faire qu’un an de service militaire, le voilà qui vient de terminer sa licence en droit. Mon rêve serait, naturellement, de le voir faire carrière dans l’Administration, et vous pensez bien, mon cher député, que, le moment venu, nous vous demanderons un petit coup d’épaule ; mais peut-être est-il encore bien jeune, et puis Marc prétend qu’il aurait plus de chances en faisant d’abord son doctorat. Je vois bien que ce qui le séduit surtout dans le doctorat, c’est de rester à Paris, car mon garçon est devenu très parisien. Enfin, j’y consentirais volontiers, mais à la condition qu’il aurait une petite occupation, quelque chose qui le retienne, tout en lui permettant de poursuivre ses études et de ne pas négliger les soins de sa carrière.

C’est alors que nous avons songé, ou plutôt qu’il a songé, à vous demander si vous ne pensiez pas à faire choix d’un secrétaire : il est certain en effet qu’avec la situation que vous allez prendre à la Chambre, le travail des commissions, les lettres, les pétitions dont vous devez déjà être accablé, la présence à vos côtés d’un garçon zélé et dévoué pourrait vous rendre d’utiles services. Sans vouloir faire l’éloge de mon fils, Marc me paraît avoir bien des qualités requises : vous le verrez, ce n’est pas parce qu’il est mon fils, mais c’est un garçon qui représente bien, qui, naturellement, connaît à merveille le département, enfin il sait rédiger, puisqu’il écrit même dans certaines petites revues, et, ce qui est plus sérieux, puisqu’il a failli, comme je vous disais, entrer à Normale. Enfin, je n’ai pas besoin de vous dire combien il est, par avance, attaché à vos idées, à votre personne ; mes opinions et ma vie tout entière vous sont, je crois,de suffisants garants d’un dévouement qu’il aura dans le sang. Je n’insiste pas, mon cher député, et ne veux vous influencer en rien ; mais permettez-moi de vous dire qu’en accueillant mon fils auprès de vous, vous rendrez un service de plus, et, une fois de plus, vous ferez un gros plaisir à un vieux républicain, fier de votre confiance et de votre amitié.

Nous présentons nos hommages à ces dames Martin-Martin, et pour vous, cher monsieur Martin-Martin, mes sentiments les plus inébranlables.

Gélabert,professeur d’agriculture.


Au même.
Mon cher Alban,

Ce départ précipité, après une si longue attente, me donne la migraine ; c’est donc parfait puisqu’il est convenu que je dois être malade aussitôt mon arrivée à Paris ; Dieu merci, Vovonne ne l’est pas, malade, gaie comme pinson, et trouvant naturellement que tu