Page:La Revue blanche, t22, 1900.djvu/331

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fumeux entrebâillement, et comme un paon sanglant rouerait des yeux éblouis, un athlète, poli à la pierre ponce par une revanche du marbre qui veut se faire sculpteur, s’avouant moins beau, jaillit de l’envolement jeté, d’un geste habituel de rétiaire, de son endromide de pourpre.

Mais il n’y eut que la lampe qui cligna, et les yeux noirs de la courtisane blonde survécurent, raisins incorruptibles, au pressoir du lit de pierre et de la poitrine de l’homme.

Et s’ils se fermèrent dans le plaisir, quand ses cuisses dures firent une ceinture au lutteur accroupi sur elle, plus éternels les vrais yeux de la courtisane, les bouts dorés des seins veillèrent à leur tour de leur feu infatigable.

Puis vint se brûler à leur phare un cocher de la faction Grenouille ; Messaline heurta sa chevelure à la renverse contre la muraille ainsi que la borne du cirque, coiffée d’or, s’écroule sous une roue irrésistible, et la femme cria à l’écrasement profond de ses entrailles par le timon d’ivoire du quadrige.

Et il vint des hommes, des hommes et des hommes.

Jusqu’à l’aube, où le leno congédia ses vierges.

La dernière, après même sa suivante, elle ferma sa cellule, mais le désir la brûlait encore.

Dehors, Messaline se retourne pour roi regard d’adieu vers où elle fut heureuse si peu de temps.

L’image en figuier du dieu générateur, dieu suprême aux temps antiques et de qui dépendait même le Père des dieux, puisqu’il n’était père que par sa faveur : l’emblème de vie universelle, le dieu solaire fulgure encore au fronton de son temple.

Et Messaline, en face de l’idole, reconstitue l’éternel mythe de l’amoureux antagonisme de la louve et du figuier ruminal, c’est-à-dire de l’arbre de fécondité.

Mais la maison est close, l’effigie grossière du Bonheur lui semble faire signe de dessus son seuil, indiquant une route vers ailleurs, et que son réel séjour n’est point là. Son œil de cyclope vers l’infinité des étoiles qui pâlissent comme d’un éloignement croissant — vient-il de les darder de l’unité de sa bouche et de son regard ? — le Bonheur, le chauve écarlate tend vers l’absolu.

Et on dirait d’un grand oiseau qui tend le cou avant de prendre son vol.