Page:La Revue blanche, t22, 1900.djvu/332

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Messaline ne s’éloigna point jusqu’à ce que le ciel nocturne, ainsi qu’après un sacrifice en pourpre triomphale, remit sa prétexte d’aube, et dans un crépitement de graisse de taureau s’éteignit la jumelle lanterne.

Un crépitement : Messaline perçut avec netteté la fuite du dieu dans un strident bruit d’ailes déployées. L’image en bois de figuier du roide dieu des Jardins, désertant sa prêtresse et son temple de Suburre, s’était évanouie, disparue sans doute vers de plus hauts olympes, comme si cet Immortel, rougissant encore, et plus que par son vermillon obscène et rituel, de s’être prouvé d’entre les dieux le plus homme, avait eu besoin de renouveler son apothéose.

Là où il redescendrait était assurément le séjour perpétuel du Bonheur.

Et de retour au lit de César, pour le réveil de qui, cette nuit-là, elle avait eu la prévoyance de ne point mander les servantes concubines, désireuse d’être possédée une fois de plus et par le seul homme qui eût le droit de l’aimer le plus nue, Messaline jeta avec joie — non sans un regret de parure ôtée, mais ses joues étaient si exquisement sales de toutes les puantes fumées du lupanar ! — le décorum de sa perruque d’or.

II

entre vénus et le chien

Colitur nam sanguine et ipsa
More deæ, nomenque loci ceu numen habetur ;
Atque Urbis Venerisque pari se culmine tollunt
Templa : simul geminis adolentur thura deabus.
Aurel. Prudentii contra Sym. lib. I, 219.

Et dès que Messaline, enfin, dormit, Claude se leva, et dans la clarté d’aube de son cabinet de travail, quadrangulaire et vitré, au centre du toit en terrasse du palais — le belvédère d’Auguste, — ce personnage falot et si incompréhensible qu’on n’a jamais su si ce fut un homme de génie ou un idiot — dicta à son secrétaire Narcisse, comme il lui avait dicté ses quarante-et-un livres d’histoire de Rome, la défense de Cicéron contre Asinius Gallus, et les vingt livres grecs d’annales tyrrhéniennes et les huit d’histoire de Carthage :