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Messaline

SECONDE PARTIE[1]

Les Adultères légitimes

I

sous les lampes de diane persane

Siquidem Latinarum feriis quadrigae certant in Capitolio, victorque absinthium bibit.
C. Plinii Secundi Nat. Historiae lib. XXVII, 28.

— Il n’est plus évanoui, mais il reste immobile et il ne parle pas, dit le médecin, rentrant dans la grotte.

Cette grotte était le plus frais triclinium de la maison d’été de Lucullus, la salle souterraine et sous-marine de la Diane persane Anaïtis, plus froid que la caverne, maison rustique de Tibère à Terracine, d’où il passa sans transition aux glaces du fer et de la mort. Elle était tendue de cuirs tout entiers des vaches de l’Euphrate, au flanc desquelles, à la place des lampes sacrées, flambait une vitre, claire des eaux salées du Tibre qui grondaient derrière les murs depuis l’art de Lucullus, architecte d’aqueducs au point d’avoir été proclamé le Xerxès romain.

— Plus que dans son temple de porphyre et d’immortelles, rêva Messaline, le dieu ferme pour moi sur l’arcane de son cœur son poing. — Claudi, dit-elle, le pantomime Mnester refuse de m’obéir en une chose !

Claude ne répondit pas d’abord, l’oreille au grincement des fenêtres de cristal : des fiasques de vin si centenaire qu’une carapace de coraux les laissait croire éventrées, rampaient sur les pattes de crabes où les douzaines d’ailettes ventrales, remuant un vertigineux dégoût, de limules dont le dos enduit de cire scellait leurs goulots. Puis le verre répercuta le grondement d’un tambour de Taprobane, et un plongeur, vêtu d’une pierre entre ses cuisses, descendit cueillir des huîtres de Burdigala, le

  1. Voir La revue blanche des 1er et 15 juillet et 1er août 1900.