Page:La Revue blanche, t23, 1900.djvu/133

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Messaline

V

le pêcheur de mugils[1]

Λαίμαργος δὲ μάλιστα τῶν ἰχθύων ὁ κεστρεύς ἐστι καὶ ἄπληστος — ὅταν δὲ φοβηθῇ, κρύπτει τὴν κεφαλὴν, ὡς ὅλον τὸ σῶμα κρύπτων.
ΑΡΙΣΤΟΤΕΛΟΥΣ Περὶ τὰ ζῷα ἱστορίων Η, β.

Ceci se passait à Nîmes, le jour où, à Rome, la ville des adultères depuis l’exemple de l’impératrice, celle-ci, derrière sa dernière esclave, se rendait chez Caius Silius.

Sur la grève que la Méditerranée possédait encore, le médecin Vectius Valens, sous l’ombre large d’un chapeau thessalique, tels qu’en portent les spectateurs des théâtres et les pécheurs de la mer, s’intéressait à un panier de poisson.

Des dos gris de plomb luisaient, si épais qu’ils faisaient les bêtes presque cylindriques ; des ventres dormaient si mats que chaque forme semblait une coudée de défense d’ivoire, cuirassée partiellement de métal et rayée aux flancs de sept nielles grises.

Les têtes, au bout d’une collerette de quatre fortes épines et des ouïes en ardillons, étaient des prodiges : déclives, coiffées d’écailles polygonales ; les yeux à demi-couverts par le double auvent de bésicles de graisse ; la bouche lourdement lippue, triangulaire et qui se fermait comme s’insinue un coin — Vectius en ouvrit une de l’ongle, et ce fut cette lèvre frétillante qui le regarda au lieu des yeux morts : car les dents ténues clignaient exactement comme des cils.

Le pêcheur se mit à vanter sa marchandise, selon ses variétés : les muges céphale, doré, sauteur, le tout petit muge labeo ; et comme le médecin s’absorbait dans son examen sans aboutir à un geste d’acheteur :

— Je n’attends plus que mes muges océaniques, dit-il ; mais

  1. Voir La revue blanche des 1er et 15 juillet, 1er et 15 août et 1er septembre 1900.