Page:La Revue blanche, t27, 1902.djvu/187

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Et notre vie est une année. Un seul printemps, suivi d’un été, puis vient le fruit, engendré dans la joie de vivre, grandi dans la peine de vivre, et puis l’hiver.

C’est ainsi que nous sommes pauvres. Mais vous, vous êtes riches ! Les printemps se suivent ; à l’été mûr succède un automne défunt ; ne vous troublez point, pourtant, car un autre apparaît sur l’heure, qui apporte la vie. Et toujours en vous peuvent, à tour de rôle, régner l’hiver et le printemps. Et ainsi va votre vie... Mais nous ne pouvons vous accompagner et il nous faut mourir...

Nous avons besoin de nous reposer, de nous recueillir...

Où mène mon chemin ?! Qui m’indiquera ma voie ?! Qui me montrera mon étoile ?! Qui, ma patrie ?!

Celui qui ne fait que rêver la vie ne peut pas me donner la vie... Et celui qui vit la vie, celui-là me prend mon rêve !

C’est seulement en nous que le rêve et la vie ne font qu’un.

Mais le désaccord qui est en vous détruit l’Unité « Nous ». Où vais-je m’égarer ?! Albertus... ! Oh ! Albertus !

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Sois comme le chant de l’alouette qui appelle le printemps dans la campagne...

Quand tout fleurit, il peut se taire, mourir.

Mais nous, nous voulons vivre, vivre !!


Kœnigsberg était étendu sous la véranda rouge et fumait des ’cigarettes des princesses ». Il venait un parfum de roses et de gazon.

— Tout est fatigué, sentait-il, dans cette belle maison de campagne. La jeune maîtresse de maison est comme épuisée. Seuls, les cheveux dorés disent : « Nous avons charmé, nous avons animé... ! » Le maître de la maison est endurant et las. On dirait un ouvrier traînant de la houille à mille pieds sous terre. Jusqu’au jardin qui est fatigué, ne s’est pas terminé, les roses y fleurissent près du persil, puis viennent des plantes rares rangées dans leurs pots, puis de sombres massifs de spirées, puis des champs, puis des plates-bandes rose-clair de fleurs inconnues, puis un banc d’où l’on a vue sur la colline. La femme de chambre pâle se glisse en rôdant et balance, durant des heures, la petite dans son hamac. La merveilleuse bonne d’enfants caresse l’énorme chien de garde qui mord tout le monde. Je crois qu’il voudrait la posséder et souffre de ce qu’elle ne soit pas une chienne. Un monde las, où personne n’a usé jusqu’au bout de ses forces vitales...

Kœnigsberg s’endort dans le parfum de roses et de gazon. La femme de chambre et la bonne d’enfants sont assises dans la cuisine, au sous-sol.

— Ce monsieur Kœnigsberg est un drôle d’homme, dit la femme de chambre. On dirait d’un acteur. Voudrais-tu être couchée près de lui sous la véranda ?