Page:La Revue blanche, t27, 1902.djvu/272

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Pendant qu’on travaille, il a fallu se soutenir un peu ; on l’a fait avec du café noir, qui est sur la table, et dont on puise des cuillerées afin de se maintenir éveillé. Quand on rentre à la maison, le feu n’est pas allumé, ou il est éteint ; le dîner est froid ; la plupart du temps, il est arrivé ce que vous savez bien : la fatigue de l’estomac a fait passer l’appétit ; on aime mieux ne pas dîner.

Et pendant ce temps-là, pour celles qui sont mariées, que fait le mari ? Il s’est lassé d’attendre, il est allé au cabaret ; il y reste un peu d’abord, davantage ensuite ; peu à peu il en a pris l’habitude, il a déserté le foyer désert [1].

À ces paroles émouvantes et clairvoyantes, ajoutons des faits.

Jetons un coup d’œil chez nos voisins, et voyons si ces formes diverses d’exploitation, nuits, veillées, etc., sont particulières à la France.

En Autriche, la loi du 8 mars 1885 incorporée au règlement industriel de 1859 marque l’origine dans ce pays des lois de protection ouvrière.

Par rapport à l’occupation des ouvriers mineurs (le § 93 appelle ainsi les ouvriers au-dessous de 16 ans), le § 95 dit :

Il est défendu d’employer régulièrement, à des occupations industrielles, les ouvriers mineurs pendant la nuit, c’est-à-dire entre 8 heures du soir et 5 heures du matin.

Cependant le ministre du commerce, de concert avec le ministre de l’intérieur, est autorisé à accorder des permissions exceptionnelles à certaines catégories d’industries ; pour des raisons de climat ou autres circonstances importantes, il peut changer, par la voie administrative, les limites fixées plus haut pour le travail de nuit, et même autoriser, d’une façon générale, le travail de nuit des ouvriers mineurs.

Or, veut-on savoir dans combien de cas cette autorisation peut être accordée aux industriels ?

Parmi les industries réclamant le travail de nuit pour des raisons techniques, dit le docteur Nicolas Kuzmany, de Gratz, il faudrait compter les suivantes ; hauts-fourneaux, fabrication d’acier Bessemer et Martin, fours à puddler et laminoirs, fabriques de chaux, de ciment et de plâtre, de magnésie en tant qu’il s’agit de la calcination et du tirage des matières brutes, le service des fourneaux dans les tuileries, l’industrie de la poterie et la production des pointes de charbon pour l’éclairage électrique ; les forges, les hauts-fourneaux des cuivreries, des fabriques de laiton blanc et d’émail ; les fabriques de fibres de bois, de papier et de cellulose ; les moulins à blé, les malteries et les brasseries, les fabriques de sucre, de raisin et de mélasse, les sécheries de chicorée, de betteraves, de fruits, les fabriques de conserves, les fabriques de levain ; les fabriques de glace artificielle, les fromageries, et, en été, aussi quelques boucheries ; les fabriques de produits chimiques, les fabriques d’engrais artificiels et les raffineries d’huiles minérales ; les entreprises de construction surtout lorsqu’il y a lieu de redouter des inondations ; les centres de force motrice d’éclairage et de chauffage…

  1. Discours de M. Albert de Mun à la Chambre des Députés, le 2 février 1891.