Page:La Revue blanche, t27, 1902.djvu/330

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l’homme, phénomène simple (!), ne nous aiderait pas à comprendre la vie, de l’éponge, phénomène également simple et différent.

Les explications ne sont que des comparaisons ; à quoi donc comparer la vie d’un être, si ce n’est à la vie d’un autre être ? La biologie est une science fermée ; on ne peut expliquer la vie que par la vie : voilà le thème vitaliste.

Or beaucoup de biologistes ont pensé que la vie est une résultante, une synthèse de phénomènes plus simples ; c’est là une opinion qui est née naturellement de l’observation même. En particulier, l’étude du développement de l’animal nous montre que l’œuf se divise successivement en deux parties, puis en quatre et ainsi de suite, et, dans certaines espèces, ces différentes parties sont nettement séparées les unes des autres, quoique restant juxtaposées. Un être adulte comme l’homme se montre lui-même formé d’un très grand nombre de cellules agglomérées ; d’où, évidemment, pour le naturaliste, une tendance à conclure que l’homme est une agglomération.

« Mais, dit M. Grasset (p. 14), l’unité individuelle que l’on trouve dans chaque être et dans la série des descendants ne peut pas se comprendre avec les seuls éléments physico-chimiques qui sont essentiellement hétérogènes. » Et, à l’appui de cette thèse, le savant professeur de Montpellier cite un passage d’un de mes livres : « Comment » oser appeler unité, dit Le Dantec, un ensemble aussi complexe qu’un homme formé de plus de 60 millions de cellules appartenant à des types aussi différents ? » — « Rien de plus juste, » ajoute M. Grasset.

Voilà de bonne polémique. Il est vraiment élégant d’emprunter aux adversaires d’une théorie des arguments qui permettent de soutenir cette théorie ; je ne me serais jamais cru vitaliste et animiste ! Je me contenterai de compléter la citation précédente, empruntée à un livre qui avait pour but et pour titre la démonstration de l’Unité de l’être vivant :

Comment oser appeler unité un ensemble aussi complexe qu’un homme formé de plus de soixante trillions de cellules appartenant à des types aussi différents ? Dans cet homme donné, il y a des nerfs, des muscles, des tendons, des os, des cartilages, des épithéliums, des membranes conjonctives, etc. Chaque nerf, chaque muscle, chaque os est composé d’éléments cellulaires ayant chacun sa vie élémentaire propre ; et cet assemblage hétérogène est un homme ! Quoi d’étonnant, devant la constatation d’un fait aussi extraordinaire que l’on ait songé à expliquer l’unité humaine, cette unité dont notre moi nous donne à chacun l’exemple saisissant, par l’intervention dans chaque homme corporel d’une personnalité immatérielle ! L’unité qui ne semblait pas exister dans le corps de l’homme, on la lui fournissait en lui donnant une âme ! Eh bien ! cette unité si peu apparenté dans le corps de l’homme, nous la trouvons dans le caractère quantitatif commun à tous les éléments de l’individu. Il ne faut plus croire, comme on a eu longtemps une tendance à le faire, que, étant donnés à l’avance des muscles d’homme, des nerfs d’homme, des cartilages d’homme, on peut construire indifféremment Pierre et Paul avec ces mêmes muscles, ces mêmes nerfs, ces mêmes cartilages. Les muscles du corps de Pierre sont différents des muscles du corps de Paul,