Page:La Revue blanche, t27, 1902.djvu/524

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d’opulence. J’avais été une fois employé chez un épicier pendant un jour ; mais j’avais tant consommé de sucre en ce laps de temps, que j’avais été relevé de mes fonctions par le propriétaire ; il voulait me voir dehors pour m’avoir comme client. J’avais étudié le droit une semaine entière, puis je l’avais abandonné, parce que c’était par trop ennuyeux et insupportable. Je m’étais consacré un moment à l’étude de la science du forgeron, mais j’avais perdu tant de temps à essayer d’arranger le soufflet de manière à ce qu’il soufflât tout seul, que le patron m’avait disgracié, en me prédisant que je tournerais mal. J’avais été quelque temps employé chez un libraire, mais les clients me dérangeaient tellement que je ne pouvais pas lire à mon aise, sur quoi le propriétaire me donna un congé et oublia d’en fixer le terme. J’avais servi chez un apothicaire la moitié d’un été, mais mes ordonnances furent malheureuses, et il paraît que nous vendîmes plus de pompes à estomac que d’eau de seltz. Donc je dus me retirer. J’étais arrivé à faire de moi un imprimeur passable, dans l’idée que je deviendrais un jour un nouveau Franklin, mais je ne sais pourquoi la ressemblance s’arrêtait là jusqu’à présent. Il n’y avait pas de place vacante à l’ « Union » d’Esmeralda et d’ailleurs, j’avais toujours été un compositeur si lent que j’enviais les prouesses des apprentis de seconde année ; quand je prenais la besogne, les chefs d’ateliers m’insinuaient qu’on en aurait besoin dans le courant de l’année.

Comme pilote de Saint-Louis à la Nouvelle-Orléans, j’étais dans la bonne moyenne, et je n’avais aucune honte de mes capacités en ce genre ; les salaires montaient à 250 dollars par mois, logé et nourri, et je grillais de me retrouver à mon poste, derrière une roue, et de ne plus jamais vagabonder ; mais je m’étais récemment rendu si grotesque dans mes lettres aux miens à propos du filon borgne et de mon excursion en Europe, que j’imitai maint et maint pauvre mineur désappointé, mes prédécesseurs. Je me dis : « Je suis fini et je ne retournerai jamais à la maison pour me faire plaindre et bafouer. » J’avais été secrétaire particulier, mineur d’argent, ouvrier dans une raffinerie d’argent, et en chacune de ces qualités une nullité, et maintenant…

Que faire ?

Je cédai à l’appel de Higbie et je consentis à tâter encore une fois du métier de mineur. Nous grimpâmes bien haut sur le flanc de la montagne et nous nous mîmes à l’ouvrage sur une mauvaise petite concession à nous, pourvue d’un puits d’un mètre cin-