Page:La Revue du Mois, tome 2, 1906.djvu/53

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
50
LA REVUE DU MOIS

Nummulites et pensèrent se trouver en présence du plus ancien débris organique dont la Terre nous ait laissé la trace, d’où le nom d’Eozoon ou aurore du monde animal. Bientôt signalé, en dehors du Canada, dans les gneiss archéens d’Irlande, de Bohême, de Bavière et des Pyrénées, l’Eozoon devint l’objet de discussions passionnées, les uns tenant pour la nature organique de ce géant étrange des Foraminifères, d’autres ne voulant y voir qu’une simple concrétion minérale. Cette dernière interprétation dut être universellement adoptée à la suite de la découverte faite par M. Johnston-Lavis, dans les laves du Vésuve, sur les flancs de la Somma, de concrétions volcaniques à structure entièrement semblable à l’Eozoon, et résultant, comme au Canada, d’un mélange minéralogique intime d’éléments calcaires et serpentineux. L’aurore de la vie échappait ainsi une fois de plus aux décevantes investigations des géologues.

Faut-il conclure de ces faits que nous devons renoncer à jamais à résoudre ou au moins à poursuivre plus loin le passionnant problème des débuts de la vie sur le globe ? C’est là malheureusement, il faut bien l’avouer, la perspective la plus vraisemblable. Le seul espoir qui nous reste est de trouver, en quelque région encore inexplorée où affleure le terrain archéen, quelques parties de ces couches ayant échappé par des circonstances locales, à l’action destructive des agents métamorphiques. Cela n’est pas absolument impossible, puisque le terrain précambrien est également presque partout métamorphisé et n’a livré de couches fossilifères qu’en des points très limités de ses affleurements.

Les chances de succès les moins mauvaises paraissent devoir se rencontrer de préférence dans l’exploration des contrées polaires. Ce que nous savons à l’heure actuelle de l’histoire de la formation des continents et des chaînes de montagnes nous autorise à penser que c’est dans les régions arctique et antarctique que la croûte terrestre s’est tout d’abord refroidie, contractée et plissée ; c’est là que les premières rides continentales ont dû émerger de bonne heure au-dessus des premières mers. Ces terres désolées présentent depuis les temps les plus reculés