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LA CHANSON DE SAINTE FOI




TRADUCTION


I. — J’entendis lire, sous un pin, un livre latin du vieux temps : je l’écoutai tout, jusqu’à la fin. Jamais ne fut sens, qu’il ne l’expose. Il parla du père du roi Licin [5] et du lignage du roi Maximin. Ceux-là chassèrent les saints, du même train que le veneur fait les cerfs au matin. Ils les mènent à prison et à fin ; morts, ils les laissaient sur le dos [10] ; ils gisent dans les champs comme misérables ; leurs voisins ne les ensevelirent pas. Ce fut vers le temps de Constantin.


II. — J’entendis chanson qui est belle en danse, qui fut de matière espagnole [15]. Elle ne fut pas de parole grecque, ni de langue sarrasine. Elle est douce et suave plus que rayon de miel et plus qu’aucun piment qu’on verse à boire. Qui la dit bien à la manière française [20], je crois qu’il lui en viendra grand profit, et qu’en ce monde il y paraîtra.


III. — Tout le pays des Basques et l’Aragon et la contrée des Gascons savent quelle est cette chanson [25], et si cette matière est bien vraie. Je l’entendis dire à des clercs et à des lettrés de bonne marque, comme le montre la passion où l’on lit ces leçons [30]. Et si cet air vous plaît, ainsi que le premier ton le guide, je vous la chanterai libéralement.


IV. — De tout temps vous avez assez entendu dire qu’Agen fut une très puissante cité [35], close de murs et de fossés. La Garonne court le long d’un de ses côtés. Les habitants de l’endroit furent très mauvais : vivant dans l’oisiveté et dans la paix, aucun d’eux ne s’abstint des grands péchés [40], le plus fou moins encore que celui qui est plus sensé, jusqu’à ce qu’il en prit pitié à Dieu et qu’il les eut sauvés sur la croix et délivrés du Diable.


V. — Le peuple était beau, s’il eût été sain [45] ; les corps