Page:La chanson de Sainte Foi d’Agen.djvu/87

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les barons : en vérité, sa fille elle-même, par trahison, l’a tué dans la prison ». Lui, en entendant si terrible parole [565], se prit à la barbe et aux moustaches ; le cœur lui éclata près du poumon, et l’âme eut faute de guide. Les voilà tous deux avec Pharaon, et ils sont liés comme larrons [570]. Leurs gardiens sont de très méchants dragons ; chaque jour ils les brûlent comme tison. Leur nom ne convient pas en chanson, si ce n’est en fable de truand, car ils furent traîtres et félons [575].


XLIX. — Fol est qui trop se travaille afin que, par mal faire, son lignage en vaille plus. Aux fils de ceux-là Dieu donna telle destinée que peu de jours se passent sans que l’un n’assaille l’autre. Dans Rome une corneille dit [580] que les deux partis feraient grande bataille. La mêlée s’engage sur le plancher : rien n’y valut haubert, si forte qu’il eût la maille, ni heaume lacé, ni autre pièce d’armure. Qui y fut frappé par la ventaille [585], tout le sang en sort par le collet. Voilà les deux rois morts sur la paille, chacun enveloppé d’un drap. Dieu consuma ce lignage comme le feu fait la torche ; jamais vous n’en verrez même les restes [590]. Et, s’ils sont morts, que jamais il ne vous en chaille, car moi, je ne le prise pas une maille : de chanter d’eux, maintenant il me prend dégoût.