Page:Laberge - Hymnes à la terre, 1955.djvu/93

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UN SAINT EST ENTRÉ DANS MA MAISON


C’était la veille de la fête de l’Immaculée-Conception. Le ciel était gris, blême. Un temps dolent. Des amoncellements de neige bordaient la chaussée et le vent du nord cinglait la figure des passants. L’on sonne à ma porte. Je vais ouvrir. Un vieil homme portant l’habit ecclésiastique, les épaules enveloppées dans une pèlerine et coiffé d’un bonnet en mouton de Perse est devant moi. Je le fais entrer dans le vivoir.

— Y a-t-il des malades dans cette maison ? s’informe mon visiteur.

— Non. Par bonheur, tout le monde est en bonne santé.

— Bien, bien. J’en suis heureux. Je ne suis pas un prêtre, déclare-t-il modestement, avant d’aller plus loin. Je suis un frère, rien qu’un frère. Je suis attaché à l’oratoire saint Joseph. Pendant bien des années, j’ai été l’assistant du frère André. Maintenant, je tâche, non pas de continuer son œuvre, car moi-même je ne suis rien, mais je m’efforce de faire du bien par son entremise.

Une pause.

— Je ne prends pas d’argent. Je n’accepte rien de personne. Le frère André n’a jamais voulu prendre d’argent et il me repousserait loin de lui si j’agissais autrement.

Votre nom c’est Laberge ? s’enquiert-il. Je l’ai vu dans l’almanach des adresses. J’ai entrepris de visiter toutes les maisons de la ville et, chaque matin, avant de partir de l’oratoire je dresse la liste de ceux que je vais voir dans la journée. J’ai déjà fait une faible partie de la cité. Je frappe à chaque porte, sans distinction. J’entre chez les canadiens français, chez les anglais, chez les juifs, chez tout le monde. Partout, l’on me fait un bon