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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

travail finie, le fils Martel attelait sur son boghei et allait le conduire à Chateauguay. Il veillait un moment à la maison et il causait avec Mariette. Toute la semaine, il ne songeait qu’au moment où il la reverrait, où il goûterait son sourire, le charme de sa figure. Tout en elle était pour lui un émerveillement. Il aimait sa douceur, ses gestes, ses attitudes, le son de sa voix. Près d’elle, il éprouvait une félicité sans bornes. Mariette paraissait aussi le voir avec plaisir. Sur les entrefaites, l’une de ses cousines, Malvina Dubuc, âgée de dix-neuf ans, décida de se faire religieuse et partit pour faire son noviciat à Montréal. Mariette parut songeuse pendant une quinzaine. Un soir, elle alla voir mère Ste Augustine et eut avec elle un long entretien. Elle alla aussi à confesse et communia.

Le fils Martel avait demandé à Mariette la permission de venir la voir le dimanche. Elle y avait consenti. Il venait conduire le père Dupras le samedi soir et il venait en plus faire une visite le dimanche après-midi. Il lui avait dit le sentiment qu’il éprouvait pour elle. Mariette toutefois, bien qu’elle l’écoutât poliment ne l’encourageait pas. Cependant, son amour à lui était si grand, si fort, si profond, qu’il ne doutait pas qu’elle accepterait de devenir sa femme le jour où il le lui demanderait. Il s’était promis que ce serait pour le dimanche suivant. Dans cette semaine, Mariette reçut une lettre d’une communauté religieuse de la ville. Elle la lut dans sa chambre, mais n’en dit pas un mot à sa mère. Le dimanche arrivé, le fils Martel, se trouva troublé devant la jeune fille, absolument incapable de dire les paroles qu’il aurait voulu prononcer. Son destin était en jeu et il redoutait d’être maladroit. Mieux valait attendre. Allons, ce sera pour la semaine prochaine, se dit-il à regret, car il aurait bien voulu assurer immédiate-