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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

ment son avenir. Il la regardait, ému, et il sentait que tout le bonheur de la terre était devant lui. La tenir un moment pressée dans ses bras en regardant ses yeux noirs qui semblaient l’image de son âme eût été la félicité suprême.

Il se leva pour partir.

— Alors, à samedi soir, fit-il en lui tendant la main.

— Samedi, dit-elle doucement, la tête baissée, je serai au couvent.

Il la regarda surpris, sans comprendre.

— Au couvent ? Vous allez voir votre cousine au couvent, à Montréal ?

— Non, répondit-elle de sa petite voix si douce. Je vais entrer au couvent pour me faire religieuse. J’ai demandé à entrer comme novice et on m’a acceptée.

La douce petite voix était entrée en lui comme un coup de couteau. Le jeune homme se tenait devant Mariette, pâle, tremblant, dans une angoisse mortelle, et il avait mal dans tout son être.

— Vous parlez sérieusement ? demanda-t-il.

Ses lèvres étaient sèches et son cœur battait avec une violence inouïe.

Il respirait difficilement.

— Et moi qui désirais vous demander en mariage. Je voulais vous en parler tout à l’heure, mais je n’ai pas osé.

— Je ne me marierai jamais, déclara-t-elle. Ma vie n’est pas dans le monde.

— Mais je vous aime moi, éclata-t-il, et je vous aime comme vous ne le serez jamais. Vous êtes toute ma vie.

Il parlait avec feu, voulant dire tout ce qu’il y avait en lui.