Page:Laberge - Visages de la vie et de la mort, 1936.djvu/153

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
145
VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

hasard tisser sa trame, étrange, bizarre et bigarrée. Voilà tout.

Ils se dirent adieu et bonne chance.

Elle partit avec sa nièce et le médecin hindou.

Elle avait trente-huit ans.

Pendant quelques jours, Adrien Clamer pensa à ce petit drame de la vie.

Il songeait à cette femme si impulsive, si inflammable, si peu réfléchie, partie si loin. Il la voyait s’éveillant le matin, baisant un masque noir sur la bouche puis se levant du lit et allant poser ses lèvres sur celles du visage de marbre. Mais l’image de la femme s’effaça de son esprit. Il l’oublia.

Elle avait promis de donner des nouvelles, mais il n’en attendait pas.

Trois ans s’écoulèrent, puis un jour, une lettre arriva de Pondichéry. Longuement il la regarda, puis un peu à regret, il l’ouvrit. Franchement, il aurait préféré ne pas connaître la fin de l’histoire. Il lut :

Mon cher ami,

C’est un fantôme qui vous apparaît aujourd’hui. Je me demande si vous vous souvenez encore de moi. Oui, je crois que vous vous rappelez une pauvre malheureuse, une pauvre folle que vous avez rencontrée jadis. Folle, je l’ai été. Et malheureuse, je l’ai été… je le suis, mais je ne vous écris pas pour me plaindre. Seulement pour vous dire qu’une femme est une bien faible créature, ce que vous savez sans doute. Un regard caresseur, un sourire, quelques paroles amoureuses, une pression de mains, et aussitôt, nous sommes affolées, nous perdons la boussole et nous voilà entraînées dans les remous ou nous faisons naufrage. Alors que je faisais une vie paisi-