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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

perbes chances de succès. Souvent dans ce cas, la beauté vaut mieux que l’argent. Cela paraissait plausible et plein de bon sens.

Dans le train, en revenant de voyage, les deux jeunes gens se fiancèrent. L’étudiant se marierait dès qu’il serait reçu médecin.

Dix mois plus tard, Mme Thomasson eût la satisfaction de voir l’une de ses filles épouser un homme de profession. Clarinda devenait la femme du Dr Demesse.

Et franchement, c’était un beau couple. Lui brun, elle blonde, tous deux minces, élégants, de la même taille. Une jolie fille et un joli garçon. Ils s’installèrent dans une gentille maison, dans un quartier fashionable.

* * *

Évidemment, au début, ils ne nageaient pas dans l’argent, mais ils vivaient bien, en faisant quelques dettes.

Un soir, ils étaient allés au Parc Sohmer et la jeune femme avait joué à la roulette et avait gagné. Maintenant, elle y retournait seule plusieurs fois par semaine et elle revenait toujours avec cinq, six, huit piastres qu’elle prétendait avoir gagnées à la roue de fortune.

— Je suis très chanceuse, je gagne toujours, disait-elle. Lorsqu’on me voit arriver, les curieux forment un groupe autour de moi.

Le Dr Demesse s’était intitulé spécialiste des maladies des yeux, du nez et de la gorge. Il eut quelques clients puis la chance se mit de son côté et les patients affluèrent. Il eut la vogue et la mode. Au bout d’un an et demi, l’on faisait antichambre dans son salon d’attente. Sa femme, très élégante, traversait la pièce pleine de clients et frappait à la porte de son bureau. C’était convenu. Pour