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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

qu’on dise : c’est la femme du docteur. Pour que les visiteurs soient agréablement impressionnés. Ils l’étaient. L’un d’eux, musicien, violoncelliste de renom, le fut fortement. Il se fit inviter à la maison et bientôt, lorsqu’elle sortait le soir, la femme du docteur était toujours flanquée de son mari et du musicien. Tous les trois, l’on s’entendait très bien.

L’argent entrait dans la maison. Plus qu’on aurait jamais pu espérer. Mme Demesse portait d’élégantes toilettes. Souvent, le soir, elle allait au théâtre avec son mari. Et l’on mangeait bien aussi. Souvent l’on invitait des amis et pour leur faire honneur l’on servait des huîtres, de la volaille, du gibier, des primeurs et aussi de bonnes bouteilles de vin qui pétillait dans les verres et mettait tout le monde de joyeuse humeur.

Mme Demesse paraissait avoir oublié ses parents. Elle n’invitait presque jamais ni sa mère ni ses sœurs. Elle en avait assez de cette triste pension. Elle ne voulait plus y penser. Ce fut à peine si, au milieu de sa nouvelle existence faite de confort, de plaisir et de luxe, elle eut connaissance du mariage de sa sœur Adèle avec un ouvrier plombier. La mère Thomasson était un peu désenchantée. Certes, sa fille Clarinda était bien mariée, mais ce beau mariage semblait l’avoir éloignée de sa famille qu’elle ne trouvait jamais le temps de visiter. Par suite, la vieille mère avait moins d’ambition maintenant et elle avait accepté sans regret le mariage d’Adèle avec un simple ouvrier.

Puis, au bout de quatre ans de mariage, Mme Demesse eut une fille. Elle l’appela Laurette.

Les clients continuaient d’affluer. Les élections approchaient. Le Dr Demesse qui pensait toujours à la politique songea à réaliser une ambition qu’il avait eue pendant