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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

la chose, puis un matin, elle se décida à l’aller voir. Elle lui apportait deux robes un peu défraîchies mais qui pouvaient encore servir. Tout de même, elle était un peu gênée. L’autre habitait un modeste logis dans un quartier ouvrier. Mme Demesse trouvait cela pénible. Elle songeait à sa vie de luxe, au voyage qu’elle allait faire. Elle éprouvait un certain embarras à demander à sa sœur de se charger de l’enfant. C’était au commencement de l’été. Lorsqu’elle arriva, elle trouva Adèle en robe d’indienne, sans manches, balayant le trottoir en face de son logis, un rez-de-chaussée dans une vieille maison en brique, à trois étages. D’autres femmes, des voisines, maniaient aussi le balai avec vigueur et soulevaient des nuages de poussière. Des enfants jouaient bruyamment dans la rue. Des fenêtres ouvertes s’échappaient des musiques de phonographes. Mme Demesse se sentait tout attristée. Et le fait d’avoir à demander à sa sœur de prendre soin de la petite Laurette lui gâtait son voyage. Tout de même, elle formula sa demande. D’ailleurs, elle dédommagerait sa sœur, elle lui paierait ce que ça valait. C’était un service qu’elle lui demandait, mais un service qui serait reconnu. Adèle accepta sans enthousiasme. Mme Demesse avait maintenant hâte de s’en aller, de retourner chez elle. Elle se força cependant à prolonger sa visite et elle accepta même de diner avec sa sœur.

Le lendemain, elle lui amenait la petite.

Enfin, l’on s’embarqua pour l’Europe. Durant la traversée, tout le monde n’eut que des prévenances, des compliments, des sourires, pour cette belle femme. À Paris, avec son mari elle fréquenta les théâtres, les cafés, les cabarets, elle rencontra les artistes canadiens qui étudiaient là-bas. L’un d’eux lui déclara qu’à son retour au pays, il