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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

ferait son portrait. C’était un garçon plein de talent, un travailleur qui voulait faire sa marque.

Après Paris, l’on visita la Suisse, la Belgique et l’Italie : Gènes, Rome, Naples, Florence, Venise. C’était une révélation, un continuel enchantement. L’on était parti pour deux mois. Le voyage en dura quatre. Puisqu’on était rendu, aussi bien voir le plus possible. À Paris, avant de se rembarquer, Mme Demesse trouva une lettre qui l’attendait. Elle lui annonçait la mort de son père. Ce fut comme si on lui eût écrit : la grosse soupière bleue est cassée, ou, il a fait bien chaud cet été. Simplement l’énoncé d’un fait. Le père était un peu moins qu’un étranger.

L’on revint à Montréal.

Mme Demesse courut chez sa sœur chercher son enfant. La petite ne la reconnaissait pas. Puis, l’on était resté si longtemps là-bas, l’on avait tant dépensé que Mme Demesse ne put faire à sa sœur qu’un cadeau insignifiant pour avoir gardé sa fillette pendant quatre mois. Adèle jeta dédaigneusement sur le buffet les quelques billets de banque que sa sœur lui donnait

C’était un paiement dérisoire.

La vie recommença.

Le peintre rencontré à Paris ne tarda pas lui aussi à revenir. Il pensait toujours à la jolie femme blonde et au portrait qu’il projetait de faire. Tout d’abord, il déclara qu’il ne voulait pas d’une toilette qui changerait de mode. Il drapa son modèle dans un soyeux tissu rose qui moulait ses formes harmonieuses. Sous le titre de Femme en rose, le portrait figura à l’exposition annuelle et fut fort remarqué. C’était une belle œuvre d’art, vivante, distinguée et très agréable à voir. Dans un élégant cadre doré le portrait faisait un grand effet dans le salon du Dr Demesse. Tous