Page:Laberge - Visages de la vie et de la mort, 1936.djvu/172

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LA MALADE


À Louis Joseph Doucet


UNE semaine environ avant Noël, Caroline Bardas qui dépérissait depuis quelque temps devint gravement malade et dut prendre le lit. Alors le fermier Anthime Bardas, son mari qui, toute sa vie, avait cultivé des terres à moitié, alla chercher pour la soigner sa fille Zéphirine en service chez M. Lauzon, rentier au village. Mme Lauzon fut très mécontente et ne cacha pas sa façon de penser à la bonne.

— En voilà des manières d’agir. Tu me laisses comme ça toute seule dans le temps des fêtes alors que la visite va venir et qu’il va falloir faire à manger. C’est quand j’ai le plus d’ouvrage que tu pars.

— Ben, madame, j’choisis pas mon temps. Ça arrive comme ça. C’est pas ane vacance.

— Dans tous les cas, reste pas trop longtemps absente. J’ai besoin de toi, déclara Mme Lauzon.

Cela signifiait : Qu’elle meure au plus tôt ta bonne femme de mère.

Zéphirine monta dans le berlot avec son père et s’en alla dans le rang de la Blouse pour soigner la malade et tenir la maison.