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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

vivra encore dix ans, ajouta-t-il du ton d’un homme satisfait de son travail.

Et joyeux, souriant, le médecin sortit de la maison.

Dans la cuisine, Zéphirine et Délima debout en face l’une de l’autre se regardèrent avec une expression consternée. Ainsi la mère en réchappait. Alors, du travail et de la dépense pour rien. Quand elle était si près de mourir, pourquoi n’était-elle pas partie ? Une robe neuve et des souliers pour la vieille quand les filles se privaient de tout.

— C’est ben sacrant, on va gaspiller not temps à la soigner. Alle nous fait perdre de l’argent à toutes les deux et alle nous donne de la misère plus qu’on en voudrait, fit Zéphirine.

— Oui, on perd nos gages, pis nos cadeaux du Jour de l’An et tout ça pour avoir la mére sur les bras pendant dix ans encore, ajouta Délima, d’un ton de reproches.

— Ben ça, c’est la faute du docteur, affirma Zéphirine, fielleuse.

— Oui, c’est vrai, reconnut Délima. Ben, le maudit, on va l’faire attendre avant de le payer !