Page:Laberge - Visages de la vie et de la mort, 1936.djvu/181

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JOURS D’HOSPICE


À Marcel Dugas


ILS sont deux vieux qui finissent leurs jours à l’hospice, deux vieux qui attendent la mort. Lui, il a quatre-vingt-treize ans et elle, quatre-vingt-neuf. Ils ont été mariés soixante-dix ans. Pendant le nombre de jours formidable que cela représente, ils se sont usés au travail, ils se sont déformés, affaiblis, enlaidis. Ils ne se sont pas enrichis. Ils ont toujours été pauvres. Lui, il avait ses mains et ses bras et il exerçait un métier. Le matin, il prenait son niveau et sa truelle et, pendant tout le jour, patiemment, consciencieusement, il posait des briques ou de la pierre qui devenaient de grands et hauts édifices. Le soir, sa tâche accomplie, il déposait ses outils. Ensuite, il retournait à son humble logis ou l’attendaient la soupe et le bouilli.

Ce ménage n’a jamais eu d’enfants et tous leurs parents sont morts à ces deux vieux. Ils finissent leur existence à l’hospice. Leur vie active s’est écoulée lentement, prosaïquement, sans événements, sans dates marquantes, sans heurts, sans secousses, terne, monotone. Elle, un jour, elle a fait un pèlerinage à Sainte Anne de Beaupré, en ba-