Page:Laberge - Visages de la vie et de la mort, 1936.djvu/186

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
178
VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

nage. Si on le lui enlevait, elle en pleurerait, elle en ferait une maladie.

Les règlements du refuge les autorisent à sortir à certaines heures, mais ils ne profitent jamais de la permission. Ils ont comme l’appréhension que leur place serait prise s’ils la quittaient un moment pour aller au dehors. Le soir, ils voient les lumières s’allumer dans les maisons environnantes. Parfois, ils cherchent à s’imaginer la vie des autres gens…

Eux, ils n’ont jamais de visite. Personne ne vient les voir. Ils songent que lorsqu’ils mourront, personne ne pensera jamais à eux. Ils seront morts complètement, plus que les autres encore dont le souvenir persistera pendant quelque temps dans quelques mémoires. Eux, ils sombreront dans l’oubli total.

Elle, elle est souvent malade. Deux fois dans ces dernières années, elle a eu une pneumonie grave, compliquée. Elle a été en danger et on croyait bien qu’elle passerait. Même, elle a été administrée. Mais, elle s’est rétablie.

Lui, depuis longtemps, il souffre de rhumatisme dans la jambe et dans l’épaule. Souvent la nuit, la douleur le réveille. Il trouve les heures bien longues. Il souffre, il ne se plaint pas.

À l’hospice, ils sont deux vieux qui attendent la mort…