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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

à son métier, mais là comme en classe, Tout P’tit ne pouvait rien apprendre. Il ne pouvait se servir de l’égohine, du ciseau. Il ne faisait rien de bon. Simplement, il gâtait le matériel.

Toujours, il était faible, fatigué. Il avait maintenant six pieds, mais les gens continuaient de l’appeler Tout P’tit.

Parfois, il toussait.

Il n’avait pas d’amis. Les jeunes gens du voisinage qui le rencontraient lui jetaient en passant un : Allo, Tout P’tit. — Allo, répondait-il d’un ton calme. C’était tout.

Un jour cependant, Louis, le fils de l’épicier du coin où il était allé faire une commission pour sa mère se mit à causer avec lui. Celui-là, c’était un dégourdi.

— Qu’est-ce que tu fais ce soir ? demanda-t-il.

— Oh, rien, répondit Tout P’tit.

— Ben, si tu voulais, on irait aux vues avec des filles, pis ensuite, on ferait un tour d’auto. On prendrait la voiture de papa.

— Quelles filles ? s’enquit Tout P’tit.

Occupe-toé pas de ça. J’en aurai une pour toé.

— C’est ça, acquiesça Tout P’tit.

Dans l’après-midi, il demanda un peu d’argent à sa grand’mère pour aller faire un tour avec Louis.

— Penses-tu que t’en aurais assez d’une piastre ? interrogea la vieille.

— J’pense que ça ferait, répondit Tout P’tit d’un ton dubitatif.

Alors, la grand’mère lui remit un billet de deux piastres.

Le soir, il alla chercher Louis. Ils partirent.

— Et les filles ? interrogea Tout P’tit.