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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

qui, dans la circonstance, aidait aux femmes, entra dans la salle, portant un plateau chargé de sandwiches qu’elle passa à la ronde.

— J’vas aller chercher de la bière, fit Ernest qui se leva et se dirigea vers la cuisine.

Comme Rose passait, les gens se servaient et mordaient dans les tartines. Lorsqu’elle arriva à Septime qu’elle connaissait moins que les autres, la fille voulut faire montre de politesse.

— Voulez-vous en prendre une ? demanda-t-elle en tendant le plateau.

— Manzelle, j’prendrai bien tout ce que vous voudrez, répondit-il, souriant et en la regardant dans ses yeux noirs très vifs.

Ernest revenait maintenant avec un cabaret rempli de verres de bière débordant de mousse, qu’il offrit à son tour.

L’on mangeait, l’on buvait et l’on racontait des histoires.

— C’est dommage que le pére ne puisse pas nous voir, fit Hector Mouton en se levant.

Et apportant son verre, il se rendit dans la chambre mortuaire, juste en avant. Il contemplait le vieux, maigre, sec, ridé, qui reposait dans son cercueil avec un sourire sardonique sur sa figure glabre, Mouton acheva de vider son verre et le déposa sur le cadre de la fenêtre. Les fils, les voisins, l’avaient suivi et étaient autour de la bière, regardant le mort.

— Il m’aimait ben le vieux, déclara Mouton, et quand je lui ai demandé sa fille en mariage, il me l’a donnée sans marchander. Il était p’tit, mais il était sec le pére et, pour tirer au poignet, il était capable de donner un bon coup, c’est moé qui vous l’dis. Quand j’arrivais à la mai-