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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

un bout de la plate-forme, mais vous levez pas les vingt hommes à la fois.

— Ben, j’dis que j’lève toute la plate-forme d’un coup avec les vingt personnes.

— Alors, c’est un truc que vous avez. Vingt hommes ordinaires avec la plate forme ça fait plus de trois mille livres. Ben, j’vas vous l’dire, j’voudrais voir l’homme qui est capable de lever une tonne de foin et la charrette avec.

— Écoutez, fait Mouton, piqué, j’lèverai pas vingt hommes parce que j’ai pas ma plate-forme, mon attelage et mes chaussures, mais j’vas lever tous ceux qui pourront se placer sur la table, de chaque côté du cercueil.

— Oui, ben, t’en mets pas ane douzaine, même en tassant, fait Prosper Laramée, le forgeron.

— Si c’est comme ça, j’vas vous montrer c’que j’peux faire. J’vas tâcher de trouver ane couple de planches, pis j’vas les mettre sur la table. Ça fera plus long.

— Des planches, t’en trouveras dans la remise, fait Zéphirin, le fils aîné.

Alors Mouton s’en va dans la cuisine où se trouvaient les femmes et demande un fanal. Virginie Arbas, lui en donne un. Il l’allume et sort. Au bout de trois ou quatre minutes, il revient avec ses planches et riant aux éclats.

— Vous parlez que j’ai déniché deux oiseaux, annonce-t-il. Imaginez-vous qu’en entrant dans la remise, je tombe sur Rose et Septime qui étaient là à jouer à des jeux. Vous parlez qu’ils ont été surpris et que mon apparition les a dérangés.

— Je trouvais ça curieux qu’il fût disparu, fit Napoléon. Ce Septime-là, j’vous dis qu’il n’en manque pas une quand il a la chance.