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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

— Oui ? Ben ta lettre d’avocat, je me torche avec, riposta Médée.

L’on sortit du fossé le boghei fort endommagé. Antoine Le Rouge le confia à son fils pour retourner à la maison. L’on hissa dans le carrosse de Siméon Rabottez la femme blessée qui était sur le point de perdre connaissance. Le mari se plaça à côté d’elle, et laissant en arrière le cortège funèbre, l’on partit au grand trot pour se rendre chez le rebouteur.

— Il y a rien de malchanceux comme de se rendre à un service, remarqua Prosper Laramée. Il arrive toujours quelque chose de vilain.

Au son grave et triste des glas, le cercueil du vieux Baptiste Verrouche entra dans l’église suivi de son groupe de parents et de voisins qui allèrent se placer dans les bancs avoisinant la dépouille mortelle du défunt. Philorum Massais était effroyablement ivre. C’est à peine s’il pouvait se porter et il se sentait très malade. Le gin et la bière qu’il avait pris, joints au repas d’ogre qu’il avait englouti lui causaient un malaise qui allait sans cesse en augmentant. Il avait les yeux vagues et ne savait trop ce qui se passait autour de lui. Il fut le dernier à entrer dans l’église. Selon le rite, il s’avança vers le bénitier pour y tremper les doigts et se signer, mais il chancela et, pour ne pas crouler au plancher, s’accrocha à la lourde vasque en pierre, en forme de soucoupe. Les sueurs lui coulaient sur la figure. Soudain, pendant qu’il se tenait ainsi cramponné à l’appui qu’il avait rencontré, il eut un haut le cœur. Sa bouche s’ouvrit démesurément avec une grimace et, dans une espèce de râle, dans un effort qui le secouait tout entier, il commença à rejeter l’énorme repas et les boissons qu’il avait pris le matin. Des bouchées de viande