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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

lendemain de son départ, lui avait écrit disant qu’elle regrettait déjà d’être partie, mais qu’à son retour qui ne tarderait pas, elle se laisserait tomber dans ses bras comme elle avait eu si souvent l’envie de le faire. Au bout de deux semaines elle était revenue et ils étaient devenus amants. Sur le coup, elle lui avait révélé la grande volupté qu’il ignorait, qu’il ne soupçonnait même pas. Cette blonde était une sensuelle, une affamée de luxure et toujours inassouvie. Certes, elle était très gentille et aimait réellement Deval ce qui ne l’empêchait pas de le tromper tous les jours, car pour elle, l’amour et la satisfaction de la chair étaient deux choses bien distinctes. Lui ne voyait rien, car il était pris comme il ne l’avait jamais été. Comme la plupart de ceux qui aiment, il était aveugle. Artiste en dissimulation, Louise n’avait aucune difficulté à lui cacher ses multiples écarts. Lui, en avait fait une idole, son idole d’or, comme il disait en caressant ses cheveux et son corps si blonds. Dans ses bras, il jouissait d’une félicité sans bornes, il goûtait l’indicible joie des corps amoureux qui se prennent et se donnent. Il vivait un rêve d’une beauté surhumaine. Mais la désillusion était venue. Il avait eu la preuve qu’elle le trompait. Il avait su qu’après l’avoir quittée un soir, elle avait passé la nuit avec un autre homme. Lorsqu’il lui en avait fait des reproches, elle lui était apparue menteuse, opiniâtre, butée, mauvaise. C’avait été là le commencement de son calvaire, car une parole qu’elle échappait inconsciemment, un vague indice, lui faisaient supposer une nouvelle trahison et il souffrait de ses doutes continuels. Elle vivait dans un perpétuel mensonge et laissait un galant pour aller en rencontrer un autre. Deval ne connaissait pas tous ses débordements, il supposait quelques infidélités, mais était loin de connaître toute la vérité.