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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

L’attachement de Louise pour lui était toutefois sincère et très souvent, elle se faisait aimable au possible, trouvait de l’imprévu, de nouvelles inventions pour charmer son amant. Celui-ci, elle le sentait profondément amoureux, il lui fournissait l’affection dont elle avait besoin et elle faisait des frais pour lui plaire. Il ne fallait pas cependant lui demander de lui demeurer fidèle. Cela, elle en était incapable. Alors, lui était continuellement rongé de soupçons, dévoré de jalousie.

Un jour, elle était disparue, envolée avec un ancien ami qui l’avait reprise, amenée au loin. Lorsqu’entrant un après-midi, dans leur chambre à l’heure habituelle, il n’avait pas trouvé Louise, lorsqu’ouvrant les tiroirs de la commode, il avait vu son linge parti, lorsqu’il avait compris qu’elle l’avait abandonné, il s’était jeté sur le lit dans une crise de désespoir. La logeuse et sa fille étaient entrées dans la pièce et l’avaient trouvé sanglotant sur la couche où, si souvent, il avait tenu son amoureuse dans ses bras.

Touchées par cette pitoyable détresse d’homme tout secoué de sanglots, elles l’avaient interrogé. Lorsqu’en réponse à leurs questions, il avait déclaré que celle qui venait le rencontrer là était partie pour ne plus revenir, elles lui avaient dit que ce n’était pas la peine de pleurer, qu’il se trouvait un lot de femmes qui pourraient facilement remplacer la volage et la lui faire oublier. Mais il était désespéré, restait inconsolable. Il ne pouvait ni manger ni dormir et sa tête était lourde, si lourde. Il s’était senti devenir fou et il avait craint pour sa raison.

Affolé, il était allé voir un médecin de ses amis qui lui avait prescrit des potions de bromure. Pendant des jours, il avait vécu un affreux cauchemar. Que vais-je devenir ? Que vais-je devenir ? se demandait-il, l’esprit