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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

Cela me fera du bien d’aller me reposer là pendant mes vacances. Je compte bien que tu viendras me voir.

Il n’y était pas allé.

D’autres années s’étaient ajoutées à leur vie, des années monotones, sans joies. Deval était toujours hanté par ses souvenirs, il les ruminait pendant des heures et des heures et il était rempli de soupçons qui lui empoisonnaient l’esprit.

Chaque été, Louise allait passer une quinzaine à sa maison de Chamberry. Une saison elle y avait même passé un mois et chaque jour, elle envoyait à son ami des feuillets mauves ou bleus couverts de mots d’amour et de tendresse.

Chaque année, elle l’invitait à aller lui rendre visite.

Il y avait maintenant quinze ans qu’ils se connaissaient.

— Cet été, il faut que tu viennes me voir à Chamberry. Je veux t’avoir à moi, dans ma maison, dans ma chambre. C’est quelque chose de nouveau que je te donnerai, lui avait-elle dit d’un ton câlin.

Elle était revenue à la charge, avait allumé ses désirs.

— Songe donc, seuls tous les deux dans cette maison de campagne, se posséder dans le calme, dans la paix, au chant des oiseaux, près d’un grand jardin en fleurs. Nous aimer dans une chambre où j’ai tant pensé à toi, où je t’ai écrit si souvent. Je t’attendrai. En débarquant à la gare, tu demanderas Lacoste, qui transporte la malle, et il te conduira chez moi en taxi. La distance est de dix milles et tu seras à la maison quinze minutes plus tard.

Elle était partie pour ses vacances. Il hésitait beaucoup à aller la rejoindre, car il ne pouvait trouver de prétexte plausible pour expliquer ce voyage à sa femme et il voulait éviter de lui faire de la peine. Il eut recours à une