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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

elle apportait quelques cadeaux pour leurs enfants la comblaient de provisions de toutes sortes.

Au moment de se mettre à table : Fais un souhait, dit-elle.

Ils dînèrent côte à côte dans la grande salle calme et silencieuse.

Après qu’elle eut desservi, ils passèrent au jardin. Une vaste pièce de terre, arrangée en corbeilles, en croissants, en carrés, avec une large plate-bande de muguets à côté de la route. L’on voyait des massifs de rosiers, d’énormes pieds de pivoines, des capucines géantes aux éclatantes fleurs jaunes au milieu de leurs belles feuilles vertes et surtout, de hautes touffes de phlox mauves et violets.

— C’est pas possible, vous devez pisser dessus pour les arroser, lui avait un jour dit en riant Mme Lebel. Vous avez les plus beaux phlox de la paroisse.

Non, elle les arrosait seulement avec de l’eau grasse, de l’eau de vaisselle, lorsqu’elle était là.

À l’arrière du parterre était le potager contenant des carottes, des choux, des navets, des tomates. Les mauvaises herbes poussaient cependant drues dans ce jardin et l’on voyait qu’il était négligé, qu’il manquait de quelqu’un pour en prendre soin. Et les corbeilles et les croissants dans le parterre, s’effondraient, étaient éboulés, perdaient leurs formes, n’étant pas entretenus. Ici et là de grosses fourmilières. Tel quel cependant, c’était charmant.

— Si tu avais vu mon jardin il y a trois ans, lorsque j’ai pris un mois de vacances, tu aurais été surpris de mon travail. Les gens ne pouvaient croire que je ne connaissais rien de la culture. Sais-tu, lorsque je bêche, je pioche, je sarcle ici, je ne suis plus la même personne.