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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

Qu’elle avait donc vieilli depuis les quinze ans qu’ils se connaissaient !

Il regardait la blonde figure devant lui et il constatait avec mélancolie tous les ravages que le temps y avait faits. Comme à leur amour. Dans ce nouveau cadre, elle lui apparaissait telle qu’elle était réellement maintenant. Il avait là une vision neuve qui l’impressionnait étrangement et douloureusement, parce qu’elle lui révélait l’usure de tout, des êtres et des sentiments. Avec tristesse, avec amertume, il songeait au bonheur qui aurait pu être et qui avait été manqué parce qu’elle avait toujours été conduite par la boussole affolée qu’était son sexe.

— Allons voir les autres pièces, dit-elle en voyant la figure sombre de son ami.

Ils passèrent rapidement dans trois autres chambres, puis ils sortirent sur le balcon d’où l’on voyait une partie du village et, à l’arrière-plan, les montagnes environnantes.

Ensuite, ils descendirent. Ils visitèrent le rez-de-chaussée : la salle à manger, le salon orné d’un portrait de Sir Wilfrid Laurier, laissé là par l’ancien propriétaire de la maison, une chambre, la cuisine.

— Tu n’as pas dîné ?

Non, il n’avait pas dîné, le train n’ayant fait qu’un arrêt de dix minutes à Sainte Agathe et il détestait les repas avalés à la hâte.

— Moi, non plus, nous allons manger ensemble.

Son amie et voisine, Mme Lebel lui avait envoyé le matin un panier de tomates, et trois pieds de laitue, et une autre voisine, une terrinée de cerises de terre pour faire des confitures. Chaque fois qu’elle arrivait à sa maison de Chamberry c’était toujours ainsi. Ces femmes auxquelles