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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

les espaces infinis sous les grands et lourds nuages gris d’automne, jamais plus elle ne verrait les chaumes désolés, les vieilles granges, les étangs à l’eau glacée.

— C’est rare, c’est très rare ces oiseaux-là. Vivant, ça vaut cent piastres, fit l’homme d’affaires, s’adressant à son employé. Lui as-tu donné à manger ?

— Oui, je lui ai donné de l’eau et du sarrasin.

— C’est très rare, répéta l’homme. Ça vaut cent piastres. Alors, tu lui as donné du sarrasin ?

— Oui, du sarrasin et de l’eau.

— Bon, bon. Je m’en vais. Tu diras à mon chauffeur de venir me chercher à cinq heures et demie au club Saint-Denis. Toi, tu iras porter l’outarde chez Crevier, sur la rue Craig.

— Chez Crevier ?

Alors d’un ton tranchant comme une lame de couteau qui couperait un cou :

— Oui, chez Crevier, l’empailleur.