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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

ans. Il fut surpris et, d’un mot, attira l’attention de sa femme qui marchait à deux pas de lui en tenant les rênes. Tous deux, ils le regardaient venir. Attelés à l’araire, les chevaux avançaient lentement. Tête et pieds nus, sa culotte retenue par une bretelle de cuir, le garçon s’était arrêté et se tenait droit au bout de la pièce labourée. Et soudain, la mère le vit tout taché de rouge. Ses mains, sa figure, sa chemise étaient rouges, couverts de sang. Le cœur lui manqua et elle se sentit devenir comme une loque. Elle lâcha les guides de l’attelage et courut à lui.

— Qu’est-ce que tu as ?

Le garçonnet se mit à rire d’un rire idiot. Il releva ses mains pendantes de chaque côté de ses cuisses, ses mains rouges, et les élevant, les montra comme si c’eut été une chose fort amusante.

— Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que tu as fait ? cria-t-elle toute tremblante.

— On a joué à tuer le porc comme hier, répondit l’enfant.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? clama le père.

— Ben, on a joué à tuer le porc et c’est le p’tit qui faisait le porc, grogna-t-il d’un air stupide, inconscient.

Lançant une imprécation, l’homme s’élança à la course, vers la cabane en bois rond, à cinq acres de distance, pendant que la mère, son ventre et ses seins ballottants traînait en arrière, incapable de le suivre.

Angoissé, il courait de ses jambes lourdes, la respiration sifflante, Essoufflé, il arriva près de sa pauvre maison. En le voyant venir, le second des garçons s’enfuit dans un petit bois de bouleaux. À côté de la remise, à l’endroit où la veille, il avait saigné son porc, le père aperçut, gisant