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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

demain, disait quelques heures plus tard la Morrier à quelques-uns des locataires de la maison.

Les autres la suivirent.

Ivre morte, à moitié vêtue, Marie était étendue en travers de son petit lit de fer dans sa chambre étroite et fétide. De sa masse elle écrasait le chapeau donné par sœur Marcelin et son manteau gisait sur le plancher sale et poussiéreux.

— Hein ! ça vaut la peine de donner du linge à des ivrognesses, disait la femme de ménage. J’passais par hasard devant sa chambre et la porte était grande ouverte, alors je l’ai aperçue. C’est vraiment scandaleux.

Devant ce spectacle peu édifiant, les locataires de la maison de la rue Sanguinet furent unanimes à reconnaître que c’était bien triste.

Le bûcheron-débardeur regardait s’il ne verrait pas par hasard un fond de bouteille à finir.

Lorsqu’elle s’éveilla tard le jeudi matin, Marie avait la tête lourde et se sentait malheureuse. Elle se rappela vaguement ce qui s’était passé la veille au soir. Elle comprit que cette crapule de Morrier lui avait joué un sale tour. Tout de même, pensait-elle, j’ai pris quelques bons verres de gin. Maintenant, après ça, je ne ferai pas mes pâques aujourd’hui. Je vais me dégriser. Ce sera pour la semaine prochaine. Je vais tout de même aller à l’église. Je dois bien ça à sœur Marcelin.

Dans la malpropre chambre qu’elle occupait, elle revêtit les habits donnés par la religieuse. Le chapeau était horriblement écrasé, mais elle le remodela tant bien mal avec la main et s’en coiffa. Elle sortit ensuite et se rendit à l’église Notre Dame de Lourdres. Lorsqu’elle entra la messe était à moitié dite.