Page:Laberge - Visages de la vie et de la mort, 1936.djvu/64

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
56
VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

À l’Ite missa est, elle se leva lourdement et sortit. Comme elle descendait les degrés, elle aperçut de l’autre côté de la rue une sténographe qui s’était toujours montrée généreuse pour elle. Il fallait profiter de l’occasion… Marie voulut traverser la route. Elle fit quelques pas, mais elle se trouva devant une auto filant vers l’est. Pour ne pas être écrasée, elle fit un bond de côté, mais alla tomber devant un camion allant en sens inverse. La voiture la heurta et la projeta à quinze pieds. Sa tête frappa le pavé avec force. Des gens qui étaient sortis de l’église en même temps qu’elle se portèrent à son secours et la ramassèrent. Elle avait la figure sanglante et était privée de connaissance. Le chauffeur auteur de l’accident appela un taxi et fit conduire la pauvre fille à l’hôpital. On constata qu’elle avait le crâne fracturé et deux côtes brisées. Les seules paroles qu’elle prononça furent : Sœur Marcelin, Sœur Marcelin.

Informée de l’accident, sœur Marcelin vint à l’hôpital, mais lorsqu’elle arriva Marie était morte. On lui raconta qu’elle avait été frappée par une auto en sortant de l’église. Alors, devant le cadavre de la malheureuse entrée dans l’éternité, sœur Marcelin émue, se rappelant la promesse faite par la défunte et ne doutant pas, devant les circonstances, qu’elle ne l’eût remplie, prononça d’une voix douce et convaincue :

— Pauvre Marie ! Elle avait bien ses défauts, mais elle a fait une bonne mort. Elle a fait ses pâques. Elle était en état de grâce. Le bon Dieu lui a pardonné ses fautes et il va l’admettre dans son saint paradis.