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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

bénéficiaire. Cela fut fait et elle eut la certitude de recevoir dix mille piastres à la mort de son mari.

Le mariage eut lieu.

— C’est une fine mouche, disait-on dans la foule en sortant de l’église. Elle a pris là un beau poisson.

— Vous savez, il n’y a rien comme une veuve pour enjôler un homme.

— Oui, mais celle-là est difficile à battre. Elle a le tour.

La tante qui habitait avec Florian Desmoy comprit qu’elle serait de trop dans la maison. Elle se loua un petit logis où elle pouvait vivre modestement avec ses économies.

L’ancien fermier fut très heureux. Son bonheur durait depuis quatre mois environ lorsqu’un soir d’hiver, un soir de fin de décembre, comme il venait de verser une chaudière de charbon dans la fournaise, il eut comme un étourdissement. Il chancela et croula au plancher. Il tenta faiblement, mais en vain, de se relever. Il restait là étendu. Alarmée, sa femme le saisit par les bras pour le remettre debout. Ce n’était plus qu’une masse lourde, inerte.

Elle lui disait :

— Fais un effort, je vais t’aider.

Mais il ne bougeait pas, ne prononçait pas un mot. Alors, toute bouleversée, elle sortit et courut chez le voisin, un maçon, le père Goyette. Le vieux et son fils accoururent. Ils virent Florian Desmoy sur le plancher. Ils le soulevèrent, le prirent par les bras et péniblement, le traînèrent dans sa chambre, et après lui avoir enlevé son gilet l’étendirent sur le lit.

— Je vais courir chercher le docteur, annonça le fils du maçon.