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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

Elle a dû toucher un douaire de huit mille piastres et elle recevra dix mille piastres d’assurances. Elle n’est pas à pied. C’est aux garçons de se pousser pour elle.

— Congestion cérébrale ? C’est étrange tout de même, déclaraient les neveux du défunt en parlant du certificat de décès livré par le médecin. C’est étrange, bien étrange.

Au lieu de diminuer, de s’apaiser, les commentaires allèrent en augmentant. Tout le village, toute la paroisse ne parlaient que de cette mort bizarre, inexplicable.

Puis, sans qu’on sût où elle avait pris naissance, la rumeur courut que Florian Desmoy avait été empoisonné. Personne ne portait d’accusation précise, mais prudemment, on faisait des sous-entendus que chacun comprenait et qui désignaient l’auteur du forfait.

On interrogea la vieille tante qui avait habité pendant des années avec le défunt.

— Que voulez-vous que j’en pense ? Un homme solide comme lui qui meurt en quelques instants, foudroyé, c’est sûrement curieux. Mais je ne suis pas médecin et je ne peux rien dire. D’ailleurs, je ne sais rien et je ne l’avais pas vu depuis quelque temps. Il faisait sa vie, moi la mienne. S’il a été empoisonné, tout ce que je peux dire, c’est que ce n’est pas moi qui suis en cause. Je n’ai pas d’héritage à recevoir. Sa mort ne me rapporte rien. Et puis, je n’ai rien à dire.

La population n’accusait pas ouvertement la veuve d’avoir empoisonné son mari, mais tout le monde le croyait.

— La compagnie d’assurance va sûrement demander une enquête avant de payer les dix mille piastres, disait l’un.

— Ces gens-là ne sont pas des fous. Ils ne sont pas