Page:Laberge - Visages de la vie et de la mort, 1936.djvu/99

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LA NOVICE



MARIETTE, mon enfant, pensez bien à votre vocation. Si le Bon Dieu vous appelle à la vie religieuse, écoutez sa voix.

C’était mère Ste Augustine, supérieure du couvent de Chateauguay qui s’adressait ainsi à l’une des élèves finissantes alors que celles-ci allaient retourner dans leur famille à la fin de l’année scolaire.

Mère Ste Augustine croyait que Mariette n’était pas destinée à vivre dans le monde. Pieuse, douce, tranquille comme elle l’était, elle devrait pensait-elle, se consacrer au Seigneur et prendre le saint habit. Plusieurs fois déjà, au cours de ces derniers mois, elle avait sondé Mariette sur ses intentions, lui avait suggéré d’entrer en religion.

Mais Mariette qui avait dix-huit ans était incertaine sur ce qu’elle devait faire. Sa sœur aînée, Angélique, avait pris le voile il y avait trois ans et elle avait été envoyée en mission en Corée avec cinq autres religieuses de son ordre. Jamais cependant dans ses lettres elle avait laissé voir si elle était heureuse ou si elle regrettait d’avoir laissé sa famille, son pays, pour s’en aller dans des contrées lointaines. Elle parlait des petits coréens qu’elle instruisait dans la religion catholique, mais jamais un mot d’elle-même.

— Dans tous les cas, revenez me voir de temps en