Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/287

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sa sainte parole. Pour moi je ne puis assez déplorer la condition des Églises réformées qui, arrivées à une certain degré en religion ne veulent pas aller plus loin que n’ont été les instruments de la réformation. On ne peut amener les luthériens à aller au delà de ce qu’a vu Luther. Quelque part de sa volonté que notre bon Dieu ait révélé à Calvin, les luthériens aimeraient mieux mourir que de l’embrasser. Et les calvinistes, vous le voyez, s’attachent au point où les a laissés ce grand homme de Dieu, qui cependant n’a pas tout vu.

C’est une misère bien regrettable, car encore bien qu’ils aient été dans leur temps des flambeaux qui ont brillé et resplendi, cependant ils n’ont point pénétré dans tous les desseins de Dieu, et s’ils vivaient aujourd’hui ils seraient tout aussi disposés à accepter une bonne nouvelle qu’ils l’ont été à recevoir la première ; car il n’est pas possible que le monde chrétien sorte si tard des épaisses ténèbres antichrétiennes, et que la perfection de la connaissance éclate ainsi tout d’un coup.

Ainsi donc, la religion a été pour les puritains, au xviie siècle, ce que la philosophie a été pour les incrédules du xviiie, mais avec cette différence tout à son avantage, que le champ qu’offrait la Bible, tout étendu qu’il fût, n’était pas illimité, et que pour une foule de questions, pour la morale notamment, l’usage avait planté des bornes que personne n’entendait déplacer.

Ce rôle philosophique, la religion le remplit encore aujourd’hui en Amérique. Il y a peu de rationalistes aux États-Unis, et ils y sont mal vus ; mais il y a des unitaires qui proclament