Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/31

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Je ne sais si ma brochure, où je citais l’exemple de l’Amérique, était de nature à faire impression, mais ce n’est pas en un jour et avec un livre qu’on ouvre les yeux d’un peuple inquiet et mécontent ; une nation qui souffre ne lit guère, et tandis que je préparais pour l’impression le manuscrit de mon Histoire des Institutions politiques aux États-Unis, qui devait achever la conviction de mes lecteurs, la France faisait une révolution nouvelle et changeait de gouvernement.

Ce changement était de telle nature que j’ajournai la publication de mon livre ; non pas que mes convictions fussent ébranlées par un événement qu’il était trop aisé de prévoir[1] ; non pas que j’eusse moins d’estime pour le génie de Washington et le patriotisme de ses amis ; jamais je n’avais mieux compris leur grandeur, mais je pensai que personne ne m’écouterait dans le premier moment. La France est un pays passionné, tout y est mode et entraînement. Le lendemain du 24 février, je

  1. « L’école historique, écrivais-je en 1848, croit avoir réduit la politique en science positive, et si ses principes sont vrais, elle prédit hardiment qu’en rompant la tradition pour nous imposer une constitution révolutionnaire, antipathique aux idées et aux habitudes reçues, on nous pousse infailliblement à la dictature par la démagogie. Je ne puis me lasser de le répéter, et je voudrais que ce cri fût entendu de la France entière : ou la science est fausse (et j’en viens à le souhaiter), ou l’on nous mène à l’abîme. En adoptant la constitution nouvelle, on perd la république, quand rien ne serait plus facile que de la fonder sur des bases durables, etc. » (Considérations sur la constitution, p. 79. Voy. aussi la Révision de la constitution, p. 115 et 116.)