Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/430

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commentaires légaux, de l’encombrement de la jurisprudence, dont Justinien se plaignait aussi de son temps : le législateur de la Caroline défendait d’écrire sur les constitutions, les lois ou les coutumes[1]. Vous vous rappelez le cri de Napoléon à la vue du premier commentaire sur le Code : Mon Code est perdu ! C’était la même illusion que celle de Locke, le même rêve d’une loi immuable ; comme si l’homme n’était pas variable, comme si les rapports qui unissent les hommes entre eux ne se modifiaient pas sans cesse, et de façon insensible ; comme si la loi, comme si la jurisprudence, expression de ces rapports, ne devaient pas forcément et peu à peu suivre toutes ces altérations.

Ainsi encore (et cette disposition prêtait moins à la critique) l’Europe, et surtout l’Angleterre, souffraient de ces lois innombrables, de ces coutumes vieillies, que souvent la royauté exhumait de leur obscurité, pour gêner la liberté des personnes ou des transactions : Locke déclarait que, pour éviter la multiplicité des lois qui par degrés finit toujours par changer les fondations du gouvernement originaire, tout statut perdrait sa force un siècle après la promulgation[2].

Une autre disposition, un peu ingénue pour un

  1. Art. 80. Dans le Gouvernement de Pologne, Rousseau exprime les mêmes idées.
  2. Art. 79.