Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/501

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est plus fortement attaché à la liberté, et avec un esprit plus altier et plus indomptable que le peuple du Nord. Telles étaient toutes les républiques de l’antiquité ; tels étaient nos gothiques aïeux ; tels ont été de nos jours les Polonais ; tels seront toujours les maîtres d’esclaves qui ne seront point esclaves eux-mêmes. Chez un pareil peuple, l’orgueil de la domination se combine avec l’esprit de liberté, le fortifie et le rend invincible.

« Permettez-moi de signaler une autre institution qui, dans nos colonies, contribue sensiblement à développer, à entretenir cet esprit indomptable ; je veux parler de l’éducation. Dans aucune autre contrée du monde, peut-être, le droit n’est aussi généralement étudié. Les hommes de loi y sont nombreux et puissants, et, dans la plupart des provinces, dirigent l’opinion. Le plus grand nombre des députés envoyés au congrès se compose de légistes ; mais tous ceux qui lisent, et c’est la majorité, essayent de se donner quelque teinture de cette science. J’ai appris d’un excellent libraire qu’après les livres de dévotion populaire, aucune autre branche de la librairie ne donne lieu à une exportation aussi considérable que les livres de droit. Les colons les réimpriment maintenant pour leur usage, et il s’est vendu autant de Commentaires de Blackstone en Amérique qu’en Angleterre…

« Cette habitude de la loi donne aux colons de la finesse, de la prévoyance, de la dextérité ; ils sont prompts à l’attaque, prêts à la défense, pleins de ressources. En d’autres pays, le peuple, plus simple et d’esprit moins fin, juge d’un mauvais principe de gouvernement seulement lorsqu’il en souffre ; mais là-bas on anticipe le mal, et l’on juge du dommage à venir par la méchanceté du principe. On devine le mauvais gouvernement à distance, on sent l’approche de la tyrannie dès le premier souffle empoisonné.