Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/511

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chevalier au franc tenancier, de l’homme libre au vilain. Chacun dépendait d’un supérieur ; mais, d’une dépendance réglée de bonne heure, relevée souvent par la noblesse du service exigé, et qui (si l’on met les vilains de côté) n’était rien moins qu’une dépendance servile.

Quand je dis que, dans l’organisation féodale, chaque homme avait sa case et son rang, prenez garde de confondre ce régime avec les castes d’Orient. Dans l’Inde la condition de l’individu est fatalement fixée par sa naissance ; son origine le condamne à la plus obscure ou l’élève à la plus haute destinée ; mais dans le système féodal il en était autrement. Quel que fût le désavantage de la naissance, on n’était pas nécessairement parqué dans la condition où le ciel vous avait fait naître. La terre était immobilisée, l’homme ne l’était pas. La société féodale était une échelle mobile où chacun pouvait s’élever jusqu’au plus haut degré ; rien n’empêchait qu’un paysan ne devînt évêque, ou un soldat chevalier ; seulement, à chaque échelon, le parvenu trouvait une nouvelle condition sociale, condition nettement déterminée, ayant ses droits et ses devoirs particuliers, ses privilèges et ses obligations.

Ainsi, à la différence de notre société où tous les individus sont considérés comme égaux, la société féodale était comme une fédération de communautés différentes et superposées les unes aux