Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/518

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Ne croyez pas, en effet, que les idées de 1789, si populaires chez nous, soient reçues à Londres comme des axiomes qui ne souffrent point de discussion ; de l’autre côté du canal on n’admet point que l’égalité soit une des bases de la société. Tout au contraire, des institutions qui nous semblent mauvaises, le droit d’aînesse, par exemple, et la concentration du sol, sont défendues par les économistes aussi bien que par les hommes d’État. Et leur grand argument, c’est d’opposer à l’agriculture florissante de l’Angleterre la culture moins productive de la France, causée, suivant eux, par la mobilisation et l’endettement du sol, par l’absence de capitaux, en d’autres termes par l’égalité de nos lois de succession.

Au fond, dans l’école anglaise, l’égalité est considérée comme un principe destructeur de la liberté, car, suivant les politiques d’outre-Manche, la liberté vit d’ordre, et il n’y a pas d’ordre sans hiérarchie. Les plus modérés en sont aux principes que Milton met dans la bouche de Satan passant la revue de l’armée infernale :

« Fils du ciel, sinon tous égaux, du moins tous libres, tous également libres, car les ordres et les degrés ne jurent point avec la liberté, mais tout au contraire s’accordent avec elle[1]. »

  1. And if not equall all, yet free,
    Equally free, for orders and degrees
    Jar not with liberly, but well consist.

    (Parad. lost, book V.)