Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/526

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prête aux jugements les plus divers, suivant le point de vue où se place celui qui l’étudie.

Cherche-t-on ce qu’a donné le principe de la liberté ; on trouve un pays admirable. Il n’en est point où la liberté des personnes soit mieux garantie contre le pouvoir et plus ménagée par l’autorité ; il n’en est point où le respect de la propriété soit plus grand. Le citoyen anglais est plus libre que le citoyen français, et sa personne et ses biens sont mieux protégés qu’en Amérique. On pourrait dire que l’extrême inégalité y fortifie la liberté de toute l’énergie du privilège.

Mais si c’est l’égalité qu’on cherche en Angleterre, le spectacle change, et c’est à se croire retombé en pleine féodalité. L’égalité, elle n’est nulle part. Dans la société comme dans l’État, dans les mœurs comme dans les lois, tout est classé, tout est placé par échelons comme au temps des croisades. Ouvrez un journal : la noblesse y tient une place à part : ses mariages, ses naissances, sont un événement public. On y tient compte de ses fêtes et de ses réceptions. Depuis deux siècles, en Europe comme en Amérique, tout a été vers l’égalité ; mais il semble qu’en Angleterre tout soit immobile, et que ni la noblesse, ni l’Église n’aient perdu un de leurs privilèges. Les apparences (car je crois qu’il n’y a que les apparences) sont restées les mêmes. Rien n’a marché que la liberté.